Catéchèse facebookienne

Pour fins de conservation et de conversation, je recopie ici ce que j’ai répondu à un contact facebookien, rosicrucien dans sa démarche, qui transmet des paroles de « maîtres », desquels il se considère sans doute pas loin de faire partie, qui affirment que les religions et les Églises avec leur caste sacerdotale sont le plus grand fléau de l’humanité, et proclame:

  • que les religions sont « l’opium du peuple »;
  • qu’on nous ment depuis des millénaires;
  • que les dogmes sont à des années-lumière de la spiritualité;  d’ailleurs dans leur langage, religion et dogmes sont à peu près synonymes;
  • qu’au tout début de notre descente sur terre, il n’y avait pas de religions puisque nous étions directement reliés avec le monde spirituel;
  • qu’il existerait un enseignement christique parfait des origines, dont toutes les Églises d’aujourd’hui, particulièrement l’Église catholique, auraient perdu la trace;
  • qu’il existerait une église de Jean (invisible et spirituelle) qui s’est toujours transmise jusqu’à nos jours;
  • et qu’il y a certaines personnes triées sur le volet qui sont dépositaires des enseignements christiques de l’origine (dont il considère sans doute faire partie aussi).

Je pense bien n’avoir pas oublié les points qu’il fait ressortir.  Alors, je lui ai fait ces réponses de mon cru.
Je ne prétends nullement que cette réponse soit parfaite, mais il me semble important en tant que chrétiens de répondre de notre foi, et de parler du Christ tel qu’il nous est permis de le connaître.   Ce genre de « spiritualité » est grandement répandue aujourd’hui parmi d’autres qui « s’émancipent » des religions, et c’est une belle occasion de faire une « mise à jour », de revoir ce qui constitue véritablement notre foi chrétienne, et peut-être aussi de revoir et d’adopter un langage plus moderne qui rejoint davantage le monde d’aujourd’hui, sans rien trahir de la personne du Christ et de son enseignement.

En ce sens, cette « catéchèse » très partielle ci-dessous est ouverte à examen et à amélioration, selon les bonnes suggestions et commentaires que vous voudrez bien y apporter.

Fraction du pain

Mais qu’est-ce qu’ils ont les « sages » à prêcher partout qu’il n’y a plus besoin de religion ??
C’est une contradiction flagrante dans les dires et dans les gestes………..
S’ils n’en ont pas besoin, eh bien qu’ils restent tranquillement tout seuls chez eux !!
De vouloir s’en faire une mission de prophètes de proclamer ce nouveau « dogme » à tout le monde, c’est ni plus ni moins qu’une velléité de se « relier » et de « relier » (au nom de qui ? de quoi ?) … comme dans « religion ».  De faire des adeptes quoi..
Autrement, qu’auraient-ils besoin de faire ce prêche ?

C’est une illusion de croire que le christianisme était plus pur à ses débuts qu’il ne l’est maintenant. Après la mort du Christ, lorsque les disciples le rencontraient dans sa gloire, il est dit qu’ils ne le reconnaissaient pas. Il est dit aussi qu’ils le reconnaissaient finalement à la « fraction du pain », ou lorsqu’il leur faisait comprendre les Écritures, ou comme Thomas en mettant ses mains dans les plaies.

Or comme le « pain » c’est son corps, on pourrait dire qu’ils le reconnaissaient à la «fracture du corps». C’est l’état de faiblesse de l’homme, l’état de blessure, de cassure, de fêlure, où l’homme est complètement brisé et où il n’est plus « maître » de rien. C’est dans cet état d’humilité et d’impuissance reconnue que l’homme peut admettre que «Dieu est Dieu» (comme Job), et qu’il est alors en état de recevoir la grâce divine en plénitude, et que Dieu le «glorifie» du don de Lui-même dans une totale union. Blessures et fractures sont alors transfigurées.

Le Christ est tout aussi présent et vivant aujourd’hui qu’il l’était il y a deux mille ans, mais peut-on encore le reconnaitre? Les chercheurs d’aujourd’hui sont-ils plus ou moins bien équipés que les disciples de jadis pour reconnaître le Christ en cet état de pauvre fracture?
La sagesse et l’illumination divines ne sont pas le fruit de hautes méditations (dixit une vraie sage), mais, dans la présence du cœur à chaque instant, Dieu se révèle et se donne à qui se penche au plus bas, là où le Christ même est allé.

Il y a beaucoup de « places basses » dans nos sociétés d’aujourd’hui où Il se laisse à rencontrer.

Et parlant « d’opium du peuple », je pense que le peuple d’aujourd’hui ne se sert plus tellement de la religion pour « se geler », ou pour anesthésier ses douleurs ou son vide. Car l’opium est un genre de consolateur anti-douleur n’est-il pas ?
C’est bien d’enlever un consolateur anti-douleur, mais encore faut-il le remplacer par un espoir de bonheur réel. Cela débouche nécessairement sur une critique de la société. C’est ce que voulait dire Marx, tout en n’ayant qu’une proposition matérielle à y apporter.
Or en ce qui me concerne, le christianisme de tous temps (et même le catholicisme d’aujourd’hui, oui  oui..) a toujours été porteur du changement et du ferment qu’il faut pour réveiller le peuple endormi dans ses divers opiums, même modernes, et lui donner espérance dans ses souffrances.

« N… », vous souhaitez on dirait un retour à l’eden originel. (Un peu comme un retour dans le sein de sa mère ?)
Mais depuis que l’humanité en est sortie, elle a perdu ce lien et est incapable de se « relier » à nouveau toute seule.
Dieu s’est donc révélé autrement, en faisant irruption dans l’histoire concrète de l’humanité. L’Écriture nous dit que cette marche des croyants (ceux qui ont foi en cette révélation personnelle et collective) a débuté avec Abraham, et toute sa suite dans la foi..
Pour finalement se révéler parfaitement en Jésus-Christ. C’est une marche de Dieu avec l’humanité. Notre patrimoine c’est Dieu oui, mais révélé parfaitement par Jésus-Christ qui refait le lien.
Et Jésus disait « Père ». Qui a vu le Fils a vu le Père.
Et on pourrait ajouter qui ne voit pas le Fils ne voit pas le Père.
Et le Père ne fait rien contre la volonté du Fils, il faut l’adhésion de celui-ci.
Tout ceci n’est pas un passé lointain, mais un présent toujours actuel dans la vie de chacun, où nous pouvons devenir configurés au Fils.
Dieu fait lui-même la part que l’homme est incapable de faire tout seul, mais il ne touche à rien de ce qui relève des capacités humaines.
La religion (je parle du christianisme) exprime à la fois la révélation reçue de Dieu et la marche (maladroite et progressive) de l’humanité pour y répondre.
L’église de Jean (spirituelle) toute seule est incomplète et non viable. Car l’esprit se manifeste dans un corps (l’église de Pierre).
Le corps peut porter des maladies, mais il est toujours guéri par Jésus dans sa miséricorde.
Voilà pour mon prêche du samedi matin.

Ajout:

Pour moi ce qui est premier ce n’est pas le dogme.  Dans une perspective chrétienne, c’est toujours l’initiative de Dieu qui est première.  Ensuite l’homme à qui ce « contact » ou cette invitation/révélation est adressée la reçoit et l’accepte dans la foi, ou la refuse.  S’il l’accepte cela implique alors une réponse et des conséquences dans sa vie.  Ces conséquences sont d’ordre moral, entre autres.  Le dogme vient à la toute fin, selon ce que la communauté a compris de l’initiative de Dieu et de comment y répondre.  Ce n’est pas le dogme qui est « de foi », c’est l’action de Dieu.  Le dogme est l’expression de la réponse.
Ce n’est donc pas le dogme qui est fondateur de la religion, et c’est une grave erreur que d’en faire des synonymes, en tout cas en ce qui concerne le christianisme, contrairement à ce que tous les anti-religions s’évertuent à dénoncer, et sans doute contrairement à ce que croient aussi bon nombre d’adhérents.

 

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12 réflexions sur “Catéchèse facebookienne

  1. Le Christianisme est une expérience de rencontre avec Jésus-Christ comme l’expérience de la Samaritaine au puits de Jacob. C’est une eau vive donnée et accueillie, une eau vive qui transforme, une eau vive qu’on répand partout. Ou l’expérience de la rencontre de Zachée ou de l’enfant prodigue. Tout est dans la rencontre qui transforme, qui guérit qui fait sourire. ( joie profonde)

  2. Et la rencontre est exprimée dans la Bible ou Dieu fait alliance avec son peuple.. C’est une histoire d’amour..il révèle son nom et les 10 paroles à Moïse…. et le Credo ( dogme ) se bâtit et s’exprime à partir de toute cette histoire sainte vécue au long des siècles, c’est à consulter.

  3. L’erreur a peut-être été (et est peut-être encore?) de demander de professer le Credo avant d’avoir vécu l’expérience qui le sous-tend. À ce moment-là, il y aurait une bonne raison de se plaindre de la religion comme dogme d’abord. Il faut alors déconstruire cette sorte d’armure imposée qui ne nous appartient pas, pour aller vivre l’expérience de la rencontre. Par la suite le Symbole pourra à nouveau être revêtu dans la vérité du coeur et du vécu.

    • Oui bien sûr.
      Je me mettais surtout du point de vue de ceux qui rejettent l’Église et la religion, prétextant qu’il n’en ont rien à foutre des dogmes. À leurs yeux la religion est perçue comme restrictive.

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